Enfin. Il y était enfin.
Il avait tant espéré et appréhendé ce moment... mais il y était enfin.
Les recommandations avaient été faites, les directives avaient été données, et maintenant il attendait là, agenouillé dans la lande avec les autres, caché derrière ce muret de pierres délabré.
La baguette en main et les sens en éveil, il guettait, attentif, impatient, scrutant l'obscurité macabre de cette étendue de pierres funestes qu'aucune âme n'avait plus visitée depuis trop longtemps déjà.
Le vent frais de la nuit ébouriffait ses cheveux bruns et fouettait son visage, lui faisant plisser les yeux et lui apportant les senteurs d'écorce humide du bois voisin ; à bien y réfléchir, il pouvait également y déceler les relents de mort émanant d'un marais proche.
La Lune est rouge ce soir, et tournant la tête vers elle, il reçoit les fins traits de pluie de cette fraîche nuit d'été.
Sa vue se trouble quelque peu ; il ôte ses lunettes et les essuie dans sa robe, puis murmure un bref "
Impervius" en leur direction et les remet en place.
Jetant un regard à sa montre moldue, il voit que l'attente ne devrait plus être très longue.
L'affichage indique également que d'ici quelques minutes, ils seront le 22 juillet. Le 22 juillet...
Il aimerait tellement en voir le 31...
17 années, ce n'est tout de même pas trop demander !
Et pourtant, il se met à douter : et si...
Et s'il ne passait pas cette nuit... ?
Et s'il ne revoyait jamais la lueur du jour... ?
La Lune est rouge ce soir. Une main douce aux doigts fins vient se poser sur son poignet : son malaise est visible, apparemment...
Il se retourne et fait face à cette brunette au sourire nostalgique.
Elle semble tout aussi tendue que lui, et pourtant se penche à son épaule et lui murmure à l'oreille :
" Ne t'inquiète pas Harry, tout ira bien. Si toi tu doutes, que pouvons nous faire, nous autres ? "
Puis elle relâche son étreinte avant de lui adresser un petit sourire crispé.
Elle reporte ensuite son attention sur le grand roux agenouillé à ses côtés dont le regard était rivé sur elle, et se pose tendrement dans ses bras.
Les yeux sont gorgés d'eau sous la tignasse de feu, et il préfère en détourner les siens.
La Lune est rouge se soir, aussi rouge que le sang qui coulera cette nuit, il le sait.
On ne peut Le battre sans faire de sacrifices.
Il lui avait déjà sacrifié les nuits de son dernier mois à chercher les derniers Horcruxes ; mais cela avait payé, et avec l'aide de ses amis et de l'Ordre, plus déterminés que jamais, il pouvait désormais affirmer qu'ils étaient tous réduis à leur condition d'objet.
Et même si cette période avait été particulièrement éprouvante, et qu'il en portait encore les séquelles, il ne pouvait s'accorder le repos, et ne pas venir ce soir.
Ce soir était exceptionnel ; ce soir, ils pourraient avoir une longueur d'avance sur Lui.
Il était destiné à Le tué, il était le seul à pouvoir le faire.
S'il ne venait pas, les autres mourraient pour rien, les uns après les autres, il le savait.
Seulement, il connaissait aussi le risque que cela impliquait.
Seul un des deux resterait debout à la fin, et rien ne disait que ce serait lui.
La Lune est rouge ce soir, et il ne veut pas voir disparaître tout ça.
Les amis qui l'ont aidé jusque là, il aimerais pouvoir les remercier, mais s'il leur parlait comme un mourrant, ça leur saperait le moral.
Ils reposent tous trop d'espoir sur lui.
Et lui ce soir ne se sent pas le c½ur à espérer.
Il jette des regards de part et d'autre, voit les gens qu'il connaît, qui l'ont soutenu, même si certain sont déjà partis... Et il ne veut pas les voir partir, eux, et il n'a pas envie de partir non plus...
Il tourne la tête à gauche et le grand roux lui adresse un large sourire.
Il se sent aller un peu mieux.
La Lune est rouge, et ses cheveux semblent s'embraser littéralement sous cette lueur.
Il sourit en retour et lève un pouce amical.
A cet instant, la Marque apparaît dans le ciel.
Il entend une voix puissante sur sa droite, lancer un :
" Attention ! Restez bien sur vos gardes ! "
Il sert sa baguette un peu plus fermement ; ses mains sont moites.
Ses yeux filent derrière le muret, tentant de ne rater aucun détail.
Et puis des flammes noires apparaissent, tournoyant sur elles mêmes à grande vitesse, telles de petites tornades d'ombre.
Ses jambes se plient et son dos s'arque boute.
Enfin. Il y était enfin...
°~-~(O)~-~°
"
Endoloris ! "
Merlin, ce qu'il pouvait détester cette incantation !
Une fois encore, il a l'impression pour le moins déchirante que sa tête s'ouvre en deux, que son corps s'écartèle de lui-même.
Il se sent broyé de l'intérieur, piétiné par des centaines d'individus invisibles.
Le sort lui arrache un cri de souffrance si puissant, que demain on l'entendra très certainement quelque part à l'embouchure de la Tamise.
" Je vais te faire souffrir Potter. Et je vais te tuer. Et même une fois tué je ferais souffrir tout ce que tu as pu chérir ne serais qu'un seul instant dans ta misérable existence. "
Sa voix siffle, conférant autant de désagrément qu'un cri de Mandragore.
Elle crachote, elle hérisse les poils, elle vous donne des envies cumulées de meurtres et d'abdication.
Ses yeux rouges aux fentes verticales pétillent de passion en voyant le jeune homme s'ébrouer vainement à terre, comme secoué de spasmes, et ses lèvres quasi-inexistantes tressautent de bonheur à chacun de ses cris.
Puis comme un petit enfant se lassant d'un jouet, il lève la main tenant sa baguette et interrompt le sortilège.
' Merlin, ce que ça peut faire mal ! ' Son front le brûle, et tout son corps se plaint de l'intensité de l'incantation reçue.
La Lune est rouge ce soir, et ses yeux dirigés vers le ciel peinent à la voir derrière le brouillard de leurs larmes de douleur.
Il entend non loin le bruit des combats faisant rage entre ses amis et les sbires du serpent.
'Allez Harry, concentre toi. T'as pas le droit à l'erreur là. Merde, il approche déjà.'" Je pense que j'ai assez joué avec toi Potter. Alors voilà tout ce que tu vaux, toi, le Survivant ? "
Il éclate d'un rire glacial ; un rire de fou ; le type de rire à vous figer le sang.
" Allez, il est temps de mettre un terme à notre jolie petite histoire. Tu ne m'en veux pas Potter, je n'ai jamais été très 'fleur bleu'. J'ai toujours préféré les histoires un brin... sanglantes ! "
" Ahhhh ! "
Un cri avait été poussé quelque part derrière l'immonde sussurreur et, surprit, il s'était retourné l'espace d'un instant, un instant de trop.
Réalisant sa bêtise, il se retourne immédiatement, mais l'adolescent s'est déjà redressé, une épée à la main, et la garde lui en touche l'estomac avant qu'il n'est eut le temps de réagir.
Ses horribles yeux rouges s'exorbitent alors que l'autre se colle à lui, prenant appuis pour mieux remonter l'épée dans le corps de l'ennemi.
Sa tête touche alors le torse poisseux, imberbe et scarifié, et relevant la tête, il prononce en un sourire fatigué :
" Désolé de mettre un terme à notre jolie petite histoire, mais je n'est jamais été très 'fleur bleu' non plus ! "
Et le corps du damné explose en cendres, laissant monter jusqu'au ciel un hurlement terrible de souffrance et d'abomination, un hurlement incapacitant, un hurlement si empreint de douleur qu'il semble poussé par les âmes réunies des Enfers tous entiers.
Le jeune brun tombe à genoux, las, et regardant l'épée incrustée de rubis :
" Merci encore Godric. Décidément, je ne donnerais pas cher de ma peau sans toi ! "
Il lève alors les yeux vers le ciel, juste le temps de faire une pause avant de retourner au combat.
"
La Lune est rouge ce soir. " dit-il, souriant au vent de la nuit.
A contre c½ur, il se relève, et parcours au pas de course les cinquante mètres qui le sépare des autres combats.
C'est la débâcle.
Le combat a fait rage ici aussi ; le cimetière est ravagé, plusieurs corps inanimés gisent à terre, et les sorts fusent en tous sens.
En un coup d'½il, il aperçoit un jeune homme blond et mince, aux prises avec un homme dont il semble être le jeune sosie, dans un duel cruel de magie noire.
Puis il voit le grand roux aux prises avec un mage noir, et vois qu'une silhouette se déplace en catimini, cherchant à se placer derrière lui.
Il se met alors à courir, évitant les sortilèges perdus des autres duels autour de lui.
Alors qu'il n'est plus qu'à quelques mètres de son objectif, il voit l'adversaire du roux voler à une quinzaine de mètres de là.
" Eh, Harry ! "
Le roux se retourne vers lui, et l'ombre lève déjà le bras tenant sa baguette.
Il ne peut pas le prévenir, il y a trop de bruit, pas assez de temps ! Et il ne peut lancer précisément un sort en courant.
"
Sectumsempra !! "
Le roux se retourne vers le lanceur de sort à l'instant même où le brun s'interpose entre le sort et son ami.
Leurs yeux sont entrés en contact quand le sort prenait contact avec le dos du brun.
Il sent alors une épée chauffée à blanc le traverser de part en part, le soulever à un dizaine de centimètres du sol.
Il sent le goût du sang, et au lieu d'un cri, sort de sa bouche une gerbe de sang qui vient s'écraser sur son camarade, abasourdi pas cette scène d'horreur.
Il baisse alors les yeux sur sa poitrine et y voit une fente d'où se déverse une quantité énorme de sang.
Un brouillard passe devant ses yeux, ses jambes ploient sous lui et pendant qu'il tombe au sol, il voit les étoiles tourner au dessus de sa tête.
Deux bras le rattrapent.
Il cherche à respirer et geint sous la douleur.
Il perçoit le grand roux qui s'agite au dessus de lui.
" Harry non ! Harry reste avec moi ; regarde moi Harry, ne t'en vas pas ! "
' Tiens ! se dit Harry, il se remet à pleuvoir !'Et alors que le roux, penché sur lui, pleure à chaudes larmes, son esprit s'hébète, s'embrume.
Il devient livide.
Le filet de sang au coin de sa bouche se fait de plus en plus faible.
" Harry je t'en pris, reste avec moi... "
Sa voix est lourde de sanglots.
" Ron... pourquoi... pourquoi tu pleures ? ... Je... veux pas que tu pleures Ron... "
Le brouillard s'épaissit, ses paupières lui semblent incroyablement lourdes...
" Harry ! ... HARRYYYY !!! "
...
La Lune est rouge ce soir...